Les clans dans le développement, ou le syndrome des « joies du code »

Comment notre besoin d'appartenance à une communauté peut être néfaste à tous

L’être humain est un animal social, il a un besoin intrinsèque d’appartenir à une communauté. Ce besoin est tellement ancré dans notre nature que certains psychologues s’intéressent de près à ces effets de clans, principalement vis à vis du lien entre psychologie et politique.

Les études dans ce domaine ont montré que notre besoin d’appartenance à un groupe s’exprime de façon inconsciente et systématique. Dans nos métiers, cela se traduit par ce que j’appelle le syndrome des “joies du code”. Le site lesjoiesducode.fr est un Tumblr qui partage des GIF pour illustrer le quotidien dans le développement logiciel.

Je ne vais pas être hypocrite, c’est un site qui me fait assez régulièrement rire, mais je ne peux pas m’empêcher de lui reprocher son aspect segmentant.

L’effet de clan instaure généralement un climat “nous contre eux” chez les gens. On le ressent dans les joies du code où les commerciaux, les stagiaires, les chefs de projets, et parfois les femmes (oui … 😕) sont raillé·e·s pour leur simple appartenance à une autre catégorie socioprofessionnelle.

Le site est publié sur le ton de l’humour et probablement sans mauvaise intention, mais cette segmentation s’inscrit dans notre inconscient à chaque fois qu’on y fait référence.

Pokémons Carapuces tapant dans leurs queue comme un high five

Ce regroupement par points communs serait innocent si les études sur le sujet n’avaient pas montré qu’une fois la séparation installée, notre cerveau est capable d’interpréter les mêmes faits, une même vérité, de façon totalement opposée pour se comporter comme un bon élément de sa tribu, en opposition au « camp adverse ». Et si c’est le cas pour une vérité factuelle, je vous laisse imaginer à quel point les conflits entre “communautés” peuvent s’installer sur des sujets plus discutables (on parle OS mobile ?).

Pire encore, le besoin de montrer la supériorité de son propre groupe face aux autres est tellement présent que nous sommes capables d’accepter plus facilement une situation qui nous est moins bénéfique si cela permet au groupe opposé d’être dans une situation encore pire que la notre.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, notre inconscient préfère mettre 2 groupes en défaut si cela permet de montrer la supériorité de son propre groupe, plutôt que de choisir une situation qui placerait les 2 groupes à un même niveau, même si ce niveau est plus valorisant.

Ursula de la petite sirène disant que la vie est pleine de choix compliqués

La première étape pour limiter les effets de ce biais est d’en avoir conscience, pour essayer d’identifier chez soi et chez les autres les comportements qui séparent les gens en groupes. Ça peut paraitre simple et évident, mais ça n’est ni l’un, ni l’autre, et l’on a très facilement des comportements segmentant sans s’en rendre compte, parfois sur le ton de l’humour, parfois très sérieusement.

Il faut également essayer de créer un environnement peu propice à l’identification à un clan, notamment en mélangeant les différents groupes, d’un point de vue physique et/ou temporel (éviter par exemple d’avoir “le bureau des commerciaux”, “l’équipe R&D” ou encore “le gens de Paris”).

Mon dernier conseil est d’ordre plus général, mais essayez toujours d’aborder les autres avec bienveillance, en cherchant au maximum à comprendre leur point de vue.


Sources :
Ideology, motivated reasoning, and cognitive reflection - Dan M. Kahan
Experiments in Intergroup Discrimination (1970) - Henri Tajfel

Écrit par Cédric Spalvieri ( ) le 21/03/2018

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